Rifkin annonce le remplacement du capitalisme par le collaborativisme

Jeremy Rifkin – qu’on ne présente plus – a encore frappé avec son dernier livre The Zero Marginal Cost Society dans lequel il annonce le remplacement du capitalisme comme modèle dominant par le collaborativisme.

Le problème avec des prophètes comme Jeremy Rifkin, c’est qu’ils sont tellement visionnaires qu’on est obligé d’utiliser des néologismes pour expliquer leur théorie.
Le collaborativisme est bien un mot que j’ai inventé pour désigner le nouveau modèle économique qui, selon jeremy Rifkin, remplacera dans quelques années le capitalisme. L’expression originale utilisée par Rifkin est Collaborative Commons.

Avant d’essayer de vous expliquer à quoi ressemblera cette nouvelle société collaborativiste – ce qui fera l’objet d’un prochain article – je vais commencer par résumer la théorie de Rifkin sur le comment nous sommes arrivés à ce switch économique fondamental.

Les 3 composants d’une Révolution Industrielle

Rifkin explique que 3 composants technologiques convergents sont nécessaires pour créer une plateforme d’échanges sociaux et économiques :

  • Les moyens de communication
  • L’énergie
  • La mobilité ou moyens de transport

Ces différents composants sont particulièrement observables et disséquables au cours des 3 différentes révolutions industrielles et je vous les ai représentés dans l’illustration ci-dessous :

L’Internet des Objets Connectés ou  l’Internet 3 en 1

Internet a bien déclenché la 3ème Révolution Industrielle, comme la vapeur, le pétrole et l’électricité en son temps. Ce sont ce qu’on appelle des General Purpose Technology (GPT), c’est-à-dire des avancées technologiques majeures qui ont des répercussions sur de multiples domaines sociales et économiques… et les bouleversements qu’elles entraînent amènent de nouveaux courants de pensée, de nouveaux patterns et modes de fonctionnement. Rifkin annonce qu’Internet bouleverse les règles du capitalisme pour laisser place aux Collaborative Commons ou ce que j’ai appelé collaborativisme.

Mais avant d’examiner le changement fondamental qui marquera la fin du capitalisme, notons qu’Internet a ceci de particulier qu’il concentre à lui seul – c’est-à-dire comme unique système opérant organisé en vaste réseau – les 3 composants technologiques de cette révolution industrielle dont nous sommes les contemporains. Et ce grâce à l’Internet des Objets Connectés, ou Internet 3.0. Déjà 14 millions de capteurs sont présents sur les routes, dans les entrepôts, les chaînes de production, dans nos maisons, nos voitures, dans le sol, les éoliennes, les capteurs solaires. En 2020, Cisco les estiment à 50 millions qui seront présents dans nos aliments, nos toilettes, notre montre. En 2050, les projections bondissent à 100 trillions – trillion n’est pas un néologisme, un trillion est égal à un million de million – présents partout, dans nos corps, nos cerveaux, nos gènes (?). Ces capteurs sondent et envoient l’information au coeur du network.

La question n’est pas ici de savoir si la concentration de puissance d’Internet est une bonne chose, même si elle est passionnante surtout quand on sait que seulement quelques compagnies contrôlent aujourd’hui ces technologies. Et que ces compagnies rêvent de l’homme bionique et de la vie éternelle. Perso, ça fiche un peu les chocottes, mais fermons la parenthèse.

La société du coût marginal casi nul ou la fin du capitalisme

Internet est donc certainement la GPT la plus omnipotente jamais connue. je serai tentée de dire que le feu a dû être quelque chose d’assez incroyable en son temps mais les archives disponibles ne nous permettent pas d’établir de comparaisons.

Mais en quoi met-elle en danger le capitalisme ? Quand on voit comment se développent les start up web, les survalorisations, etc.., on se dit que le Web s’épanouit plutôt bien dans ce monde aux logiques capitalistiques.

Pourtant, Internet met le capitalisme à mal car il est tellement productif qu’il permet la production de biens et services à un coût marginal casi nul. Or paradoxalement si le graal des entreprises capitalistes est de réduire au maximum ce coût marginal – que ce soit pour gagner des parts de marché en pratiquant une stratégie de différenciation par les coûts ou que ce soit pour augmenter leurs marges et retours aux investisseurs – elles n’ont pas prévu pour autant que ce coût puisse être réduit à zéro, ce qui rend leur modèle économique obsolète.

Nous avons commencé à le constater dans certaines industries, comme celle de la musique ou de la presse. Les journaux, dans leur mutation à l’ère d’Internet, ont rendu une partie de l’information produite accessible en freemium car l’information, en format numérique, ne pouvait s’envisager exclusivement payante. En effet, l’information est désormais distribuable et partagée librement par les prosommateurs (encore un néologisme fusionnant les mots consommateurs et producteurs). Agissant ainsi, ils espéraient attirer les lecteurs qui en voudraient plus et souscriraient aux abonnements premium. Mais l’information freemium disponible est tellement abondante que le passage massif aux premiums ne s’est jamais opéré.

Et le phénomène du coût marginal casi nul gagne du terrain dans le monde physique et concret avec l’avènement de l’imprimante 3D. Pourquoi je prendrai ma voiture pour me rendre à Ikéa acheter mon meuble alors qu’Amazon me fournit le fichier numérique 3D de mon bureau que je peux imprimer dans le FabLab en bas de chez moi ? Pourquoi faire un emprunt à la banque, engager un architecte, contracter des maçons et menuisiers, attendre 6 mois quand la société chinoise Winsun a déja réussi à fabriquer grâce au 3D printing, en 24h, 10 maisons qui seront commercialisées moins de 4000 euros ? On parle désormais de nourriture produite grâce à la 3D. Même si techniquement je ne comprends pas comment ce serait possible de manger un bon steack de boeuf à partir d’une petit louche de résine de je sais pas quoi, ça fait longtemps que j’ai arrêté de me dire que les avancées technologiques qu’on annonce relèvent de la science-fiction.

On observe la même chose en marketing: l’unité ciblée supplémentaire peut potentiellement coûter zéro à l’entreprise 2.0 qui s’appuie sur le relais des membres de sa communauté sur les réseaux sociaux… quand un mail représente un item de plus à payer dans les campagnes mailings classiques.

Et bien sûr, le vent et le soleil qui produiront l’énergie de demain sont disponibles gratuitement. Une fois les investissements initiaux (coûts fixes d’infrastructure) amortis, l’unité énergétique consommée en plus ne générera pas de coût marginal supplémentaire.

Les règles changent et le rapport de force entre les individus et les sociétés capitalistes classiques en est bouleversé. La question fondamentale à se poser pour notre avenir est  de savoir ce que les individus vont faire de ce nouveau pouvoir.

Mais la question que doivent se poser les entreprises aujour’d’hui, c’est « Comment m’adapter au collaborativisme ? »

Mot de la fin

Alors évidemment, chacun est libre de suivre et croire ou pas Rifkin dans ses projections.

Il se trouve qu’il a annoncé beaucoup de choses qui se sont avérées vraies, et ce bien avant qu’elles ne se produisent. Certains pourront alors penser que sa reflexion est intéressante mais qu’on a le temps de voir venir…

Sauf que le hic, c’est qu’on parle là d’une technologie – Internet – évoluant de façon exponentiellement rapide en comparaison des avancées technologiques des deux précédentes révolutions industrielles. Et si Rifkin avait une dizaine d’années d’avance dans ses prophéties il y a vingt ans, je serai tentée de penser que son avance a diminué et que nous devrions dès maintenant préparer les lendemains qu’il nous décrit.


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