Les 3 dimensions du « collaboratif »

collaborativismeSi le mot Collaboration a longtemps porté les stigmates d’un épisode tristement célèbre de l’histoire française – alors que des dérivés comme collaborateurs ont depuis longtemps été introduit dans le vocabulaire courant – il semblerait que ce soit le substantif Collaboratif qui ait réussi à balayer toute connotation négative. Le mot n’a jamais été aussi à la mode, dans le langage économique et business, qu’aujourd’hui. Mais que désigne-t-il exactement ?


« Collaboratif » n’a jamais été aussi utilisé qu’aujourd’hui, on l’entend pratiquement systématiquement dès qu’on parle de l’entreprise 2.0 ou de la transformation numérique des organisations…et vu l’actualité de la chose, autant vous dire qu’on l’entend souvent. Et comme tout terme à la mode, il est devenu un peu fourre tout… Ou plus exactement, il n’a jamais vraiment été clairement défini, ce qui rend son utilisation à toutes les sauces d’autant plus aisée.

Et si le terme est à la mode, ce n’est pas sans raison. Il est en effet porteur de profondes mutations positives. Une entreprise collaborative est une entreprise – au sens large et pas seulement au sens d’organisation – dont la performance (et la valeur même) repose sur l’échange et le partage sincères et véritables des individus entre eux . En devenant la norme de nos modes de consommation et de nos façons de travailler, le collaboratif déplacerait le centre de gravité de nos intérêts et préoccupations et le monde pourrait alors devenir « a better place« . J’ai bien conscience que ces considérations ont quelque chose de « bisounours »…et pourtant force est de constater que les exemples concrets, montrant que les hommes agissent dans cette direction ou/et y entrevoient une voie d’avenir, se multiplient. Ce terme plein de promesses ne doit donc pas être galvaudé et détourné. Et pour cela, le meilleur moyen est de le définir. Et c’est ce que je vais m’employer à faire.
Il existe, selon moi, 3 dimensions au mouvement collaboratif tel que nous en parlons en ce moment:

  1. Le collaboratif des individus
  2. Le collaboratif dans l’entreprise
  3. La philosophie du collaboratif ou le collaborativisme

 

1. Le collaboratif des individus

La 1ère dimension – l’originelle, celle par laquelle la plupart d’entre nous ont commencé à beaucoup en entendre parler et à le pratiquer– désigne les pratiques collaboratives dans les modes de consommation. Qui n’a pas entendu parler de la consommation collaborative illustrée par les célébrissimes leboncoin.fr, airbnb, blablacar, vélib… ?
Le terme collaboratif permet de désigner un mode de consommation basé sur l’accès et non la possession grâce à l’échange ou au partage entre individus, pair à pair, affranchi des circuits traditionnels orchestrés par les entreprises.
L’essor de ce nouveau type de consommation s’explique par de multiples raisons : maturité des usages numériques des individus, atteinte et rapprochement des masses critiques grâce au web, recherche de la bonne affaire grâce au système D en ces temps de crise de pouvoir d’achat… le tout couronné et anobli par des externalités positives sociétales et environnementales, et boosté par un rejet du système économique actuel et ses acteurs.
Les français ont tellement bien adopté ce nouveau mode de consommation qu’il s’est étendu aux domaines :

  • du financement ou crowdfunding avec des plateformes comme Babyloan.org, prêt d’Union, kisskissbankbank, Ulule…
  • de la production qui se manifeste par une montée du phénomène DIY (Do It Yourself) , des makers ou FabLab et apparition prochaine dans notre quotidien d’imprimantes 3D
  • de l’éducation avec les MOOC (Massive Open Online courses)
  • de la culture qui a en fait vu les prémisses du collaboratif entre individus avec les partages de fichiers vidéo et musicaux
  • etc…

On parle désormais volontiers de modes de vie collaboratifs, étendu à d’autres domaines que la consommation.

 

 

intelligence collective2. Le collaboratif dans l’entreprise

« L’entreprise 2.0 sera collaborative ou ne sera pas ». Voilà ce qu’on entend souvent dans la littérature business et management. Ici, le terme collaboratif désigne la tendance à développer les échanges transversaux et horizontaux au sein de l’entreprise. L’entreprise collaborative est un « sésame, ouvre-toi » vers l’intelligence collective, indispensable à toute entreprise voulant innover.
Un des symboles de l’entreprise collaborative est le RSE ou Réseau Social d’Entreprise dont l’acronyme a presque réussi à évincer la fameuse RSE ou Responsabilité Sociétale des Entreprises dont on nous a rabâché les oreilles ces 5 dernières années. Le RSE est une sorte d’intranet plus puissant, plus orienté business, plus outillé, plus moderne ne serait-ce que dans sa connotation, rassemblant chat, wiki, CRM… Il a pour objectifs principaux de:

  • favoriser l’échange entre collaborateurs,
  • faire circuler l’information de façon transversale,
  • faire sauter les silos et
  • réduire la pesanteur et rigidité de la hiérarchie de l’entreprise.

Mais si la volonté de l’entreprise d’être plus collaborative est clairement affichée, il semblerait que le chemin est encore long car les résultats de cet outil collaboratif symbolique qu’est le RSE sont pour l’instant – à quelques exceptions près – plutôt mitigés.

Mais peut être que le chemin est long car ce n’est pas le bon que les entreprises ont suivi…et c’est là qu’intervient la 3ème dimension du collaboratif.

 

3. Le collaborativisme ou la philosophie du collaboratif

Cette 3ème dimension – beaucoup plus inédite puisqu’elle est le fruit de ma réflexion que je partage ici avec vous. Le collaborativisme (#collaborativisme à propager sur twitter) désigne la philosophie directement inspirée par les dynamiques créées par l’inter-connection des individus.
Vous l’aurez compris, le collaborativisme n’existe pas encore et sa valeur est donc de fait encore méconnue. C’est pourtant sa mise en application qui manque à l’entreprise pour que celle-ci devienne 2.0 et collaborative.

Prenons un exemple avec le RSE que je viens de mentionner: on attribue souvent leur échec à un manque de maturité numérique des employés. Mais à en croire – ou plutôt voir – ce que les individus ont réussi à bâtir en quelques années, à savoir l’économie collaborative, ce diagnostic peut-il être crédible ? La 2ème édition du baromètre Cegos sur les réseaux sociaux dans les entreprises confirme mon intuition.


Le collaborativisme fait le lien entre la 1ère dimension du collaboratif -celle des individus- et la 2ème – celle des entreprises. Dit comme ça, le lien paraît évident. Pourtant, il semblerait que le seul rapprochement établi entre le collaboratif des individus et le monde de l’entreprise soit le constat du manque à gagner pour ces dernières sur les marchés: si les individus arrivent à s’organiser sur des plateformes P2P pour créer un marché secondaire parallèle ( dont profitent quelques startups), que va-t-il advenir des entreprises « classiques » ?
Certes, la consommation collaborative des individus bouscule les règles du jeu de l’offre et de la demande et si les entreprises traditionnelles y voient de prime abord une menace, les plus résilientes d’entre elles finiront par identifier les opportunités business qu’elle représente. Certaines l’ont déjà fait et pour les plus avant-guardistes, cela fait déjà un certain nombre d’années (Marmiton, Decathlon avec son Trocathlon, etc…)

Seulement, ce lien n’est pas le seul qui existe. Les ponts entre le collaboratif des individus et le collaboratif dans l’entreprise sont bénéfiques mais rarement formulés ou appliqués dans le management des entreprises. L’économie collaborative nous révèle que les individus échangent, partagent, travaillent en équipe, entreprennent, identifient ensemble des solutions, sont productifs. Bref, les individus du collaboratif ont le profil de l’employé idéal pour toute entreprise. Mais celle-ci aura beau équiper leurs salariés avec des outils numériques directement inspirés de ceux qu’ils utilisent dans leur sphère privé (le fameux RSE), elle n’atteindra jamais le graal de l’entreprise collaborative tant qu’elle n’appliquera pas la philosophie du collaboratif, autrement dit le collaborativisme.

 

CircusConsulting est un observatoire / laboratoire des pratiques collaboratives des individus pour les appliquer à l’entreprise et l’aider à réussir sa mutation vers l’entreprise 2.0.

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