Les « Tweet seats », un autre exemple d’économie collaborative

Bonne nouvelle pour les twitteurs ! Vous pourrez bientôt aller au théâtre sans payez votre place: Si vous live-tweetez à propos du spectacle que vous être en train de regarder, alors vous aurez votre siège réservé – parmi vos confrères twitteurs – comme un critique ou journaliste.
Un nouvel exemple symbolique de l’économie numérique et collaborative…


Depuis quelques années aux Etats-Unis, plusieurs salles de spectacle (théâtres, opéras…) ont ouvert leurs portes aux twitteurs, leur réservant des « tweet seats » afin qu’ils puissent diffuser en direct leurs commentaires, critiques, impressions…bref, partager leur expérience auprès de leurs abonnés. Et comme pour beaucoup d’initiatives outre-altantiques, la France les regarde avec intérêt et songe, avec quelques années de retard, à les adopter. Le Théâtre National de Strasbourg trouve l’idée intéressante et l’Opéra Comique à Paris organise sa 1ère soirée live-tweetée le 13 novembre pour l’ouverture de la saison.

Il ne sera pas question dans cet article de débattre sur la valeur culturelle de cette évolution. Mais en ces temps de mutation, la réflexion de savoir vers où l’on va étant cruciale, je vous invite viement à vous faire une opinion sur la question grâce à l’article de L’Obs/Rue89 « des places réservées aux relous qui tweetent: une bonne idée ! ».

Pour ma part, c’est en tant qu’illustration de l’économie collaborative que je vais m’intéresser au phénomène des tweet seats. Pour rappel, ce nouveau modèle économique collaboratif s’appuie sur et valorise :

  • les contributions des individus utilisateurs
  • l’information circulante comme moteur et créateur de plus-value économique…

Les « tweet seats » en sont bien une application puisque l’information que le spectateur va faire circuler, lui permet de s’offrir un service, en l’occurence, une soirée de divertissement. Et dans le genre « exemple de l’économie collaborative », je trouve les « tweet seats » particulièrement intéressant.

 

1. Exemple d’une mutation vers le digital collaboratif pour s’adapter à l’ère numérique et innover

L’exemple est intéressant tout d’abord car il concerne une industrie – l’industrie du spectacle et du divertissement – particulièrement chahutée par l’explosion du numérique (partage de fichiers vidéo, musicaux, films en streaming). Nous avons donc à faire là à un cas d’école: un secteur qui, face à la révolution numérique, doit opérer sa mutation ou transformation digitale. Et la mutation à opérer est large et profonde car elle implique de repenser l’expérience du spectateur (par exemple, réflexion autour d’un service intégré de garde des enfants pour encourager les individus à assister à un spectacle…), mais touche également les différentes parties prenantes de la filière comme les critiques par exemple qui risquent de ne pas vraiment apprécier l’arrivée des tweet seats.
Par ailleurs, il s’agit ici d’une industrie plutôt conservatrice en France puisque rattachée au sacrosaint domaine de la culture et assez peu connue pour sa dynamique innovatrice. Pourtant elle choisit de réagir et d’innover grâce à la contribution des utilisateurs sur les réseaux sociaux.

 

2. La production et le partage de l’information comme solution

Il est difficile de prévoir ce que nous réserve l’économie numérique: elle facilite grandement nos vies autant qu’elle nous rend dépendants (à des outils) et nous assujettit à l’intelligence artificielle, déjà infiniment supérieure à nos capacités cérébrales individuelles. De plus, elle favorise l’émergence d’empires économiques  (GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple) dont nous nous inquiétons trop peu du gigantisme.
Mais a priori, j’aurai tendance à juger positivement un système économique permettant une circulation fluide et libre de l’information. Surtout quand nous avons d’ores et déjà identifié un pare-feu efficace aux dérives potentielles du tout numérique… pare-feu qui s’appuie justement sur la circulation de l’information: j’ai nommé le « collaboratif ». En effet, le collaboratif permet l’intelligence collective, qui elle, dépasse largement la puissance des algorythmes mathématiques des machines numériques en termes de créativité et d’innovation .
Le pare-feu est identifié, encore faut-il l’appliquer… me direz-vous. Certes, mais je vous répondrai que j’ai bon espoir car les entreprises arrivent progressivement à l’évidence du collaboratif comme solution, et peut-être est-il plus pertinent qu’elles s’en rendent compte par elles-mêmes. Elles n’en seront que plus convaincues et l’appliqueront avec plus de ferveur.
Dans le cas des tweet seats, la solution s’appuie bien sur le partage d’informations. Et c’est bien l’information circulante qui est valorisée au point de devenir une monnaie d’échange : les tweets que je partage me permettent d’accéder sans payer (ce qui ne va pas dire gratuitement, vu qu’il y a bien échange) au spectacle. Et on peut facilement imaginer un système de valorisation du tweet proportionnel au nombre d’abonnés du twitter.
Il est intéressant de noter que le système classique du tweet sponsor n’est pas adapté à ce nouveau modèle économique : les entreprises ont compris que les abonnés twitter savaient désormais repérer de la publicité déguisée et surtout, le twitteur ne risquerait pas sa e-réputation à diffuser du contenu sponsorisé auprès de ses abonnés.

 

3. L’individu contributeur au centre de la solution

Le capitalisme dans sa forme actuelle a fait du facteur humain une « variable d’ajustement » au service de la rentabilité financière:  » il faut augmenter nos marges ? Automatisons et réduisons la qualification des travailleurs, ou délocalisons vers une main d’oeuvre bon marché ». L’économie collaborative, elle, propose de s’appuyer sur l’homme sachant, l’homme producteur et partageur de savoirs.
Et dans le cas des tweet seats, il ne s’agit pas d’un « choix idéologique qui replacerait l’homme au centre des considérations économiques ». L’équation était simple : les salles de spectacles  théâtre, opéras, ballets…) attirent un public aux cheveux toujours plus grisonnants: comment le renouveler et le rajeunir ? En s’appuyant sur les individus plus jeunes, connectés et influents pardi ! Car l’industrie s’est rendu compte par ailleurs que le public avait changé de prescripteurs. Il n’écoute plus les critiques et journalistes mais ses pairs qui s’expriment sur les réseaux sociaux. Personnellement, quand je vais au cinéma, je regarde beaucoup plus attentivement la note des spectateurs sur Allociné que celle de la presse.
Avoir recours aux logiques de l’économie collaborative n’était dans ce cas pas un choix idéologique mais purement stratégique.

 

Une question subsiste : ces salles de spectacle qui s’engagent vers la voie du collaboratif en s’appuyant sur la contribution de leurs utilisateurs envisagent-ils d’avoir recours à ces logiques et pratiques dans leur façon de travailler au sein de leur organisation, avec leurs collaborateurs ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s