Dépôt de bilan d’Universalis, croissance de Wikipédia: quelles leçons en tirer ?

wiki vs universalisCet article s’adresse à ceux qui doutaient encore de la création de valeur que le #collaboratif peut amener à une entreprise.
La victoire de Wikipédia -encyclopédie collaborative- sur L’Encyclopédie Universalis – la référence académique – est une illustration de plus.
Il ne s’agit pas de danser autour d’un cadavre (d’ailleurs Universalis est en dépôt de bilan et non en liquidation) et de se réjouir de la domination du marché par un service collaboratif, mais d’apprendre de cet épisode économique. Pour ma part, je retiendrai 2 leçons…

Suite à la lecture d’un excellent article de l’Obs avec Rue89 annonçant et analysant le dépôt de bilan d’Universalis – que je restitue à la fin de ce billet – j’ai retenu 2 informations importantes.

Le numérique porte vraiment la 3ème Révolution Industrielle

Je sais, il y avait assez peu de doutes là-dessus et le consensus était général, mais cet épisode illustre tellement bien la théorie de destruction créatrice de Schumpeter que cela valait le coup de le signaler.
Ce n’est pas la 1ère industrie qui disparaît ou est menacée par l’hypercroissance du numérique. On cite souvent les industries du disque / DVD ou des journaux mises à mal par l’arrivée de pure players offrant le même service en version numérisée et on demand. Mais la victoire du savoir modéré et enrichi du collectif symbolisé par Wikipédia sur le savoir académique représenté par l’Encyclopédie Universalis est révélateur d’un déplacement de la compétence depuis l’expert vers la foule.

C’est une des thèses que soutient le #collaborativisme, philosophie managériale de l’entreprise 2.0 développée dans le Petit Manuel d’Economie Collaborative à l’attention des entreprises.  Toute entreprise devrait tirer des leçons de ce chapitre qui se ferme pour revoir son modèle de circulation de l’information, production et détention de savoirs et considération des ressources humaines avec lesquelles elle travaille.

Le #collaboratif est naturel et souhaitable

J’ai trouvé l’article de l’Obs/Rue89 (exemple d’open innovation by the way) particulièrement intéressant car j’y ai retrouvé une donnée fondamentale du collaboratif révélée dans cet extrait :

On pourrait tout à fait voir dans cette nouvelle (de dépôt de bilan d’Universalis)  un simple retour à la logique. Lorsque Diderot et d’Alembert conçurent l’Encyclopédie, ils imaginèrent d’abord une nouvelle organisation du savoir. Une organisation collaborative, où les auteurs étaient nombreux, une organisation cyclique, où les entrées renvoyaient les unes aux autres, et en mouvement continuel où les articles évoluaient à mesure qu’évoluaient les objets, techniques et savoirs, dont il était question. (…). Cette nouvelle organisation du savoir trouva place dans le livre parce qu’il n’y avait rien d’autre (…) Mais, d’emblée, c’était aller à l’encontre de toutes les ambitions du projet que de le faire entrer dans un support lourd, fixe et épais comme le livre. Puis vint un moyen de diffusion du savoir qui reposait le lien entre les documents, la possibilité de les modifier constamment, et une contribution plus généralisée. Vint le support idéal de l’Encyclopédie. Et la réussite de Wikipédia est en grande partie explicable par l’adéquation presque parfaite de ses ambitions avec son support. Enfin, l’Encyclopédie peut fonctionner comme elle a été imaginée, être la totalité des savoirs disponibles à un moment donné. 

Le collaboratif, véhiculé par les canaux numériques permettant l’instantanéité, la disponibilité et l’usabilité, permet une organisation plus efficace et complète du savoir. Appliquée aux biens, services et compétences, la logique de circulation, partage et contribution permet d’optimiser la consommation des ressources disponibles et d’accélérer les processus d’innovations.

Et je m’arrêterais là pour ne pas faire trop long, car je vous invite vivement à lire ci-dessous l’article L’Obs/Rue89 dans son intégralité :

La société Encyclopædia Universalis est en dépôt de bilan, annonce Le Monde. Le tribunal administratif de Nanterre l’a placée en redressement judiciaire le 30 octobre dernier pour une période de six mois.

Une nouvelle qui pincera le cœur des privilégiés qui possèdent une encyclopédie (pour ma part, elle constitua un cadeau de naissance et m’apparut toute mon enfance comme la preuve objective que le savoir était intimidant), et laissera dans l’indifférence ceux qui pensaient qu’elle était déjà morte depuis longtemps. L’Encyclopædia Universalis n’est pas morte, mais ça sent le roussi.

Le journal du soir analyse la situation sur le plan économique : les investissements répétés de son propriétaire Jacqui Safra, via la maison mère Britannica ; les tentatives de nouveau modèle (encyclopédie en ligne sur abonnement, commercialisation des fonds aux institutions scolaires), etc.

En arrière-fond, la concurrence toujours plus forte de l’encyclopédie en ligne et gratuite Wikipédia qui, à mesure qu’elle a augmenté le nombre de ses entrées et mis en place des processus de vérification plus draconiens, a gagné en crédibilité.

Une nouvelle organisation du savoir

Sur un autre plan, on pourrait tout à fait voir dans cette nouvelle un simple retour à la logique. Lorsque Diderot et d’Alembert conçurent l’Encyclopédie, ils imaginèrent d’abord une nouvelle organisation du savoir. Une organisation collaborative, où les auteurs étaient nombreux, une organisation cyclique, où les entrées renvoyaient les unes aux autres, et en mouvement continuel où les articles évoluaient à mesure qu’évoluaient les objets, techniques et savoirs, dont il était question.

Cette nouvelle organisation du savoir trouva place dans le livre parce qu’il n’y avait rien d’autre pour en assurer la diffusion. Son succès, et le rôle historique qu’eut l’Encyclopédie, à la fois en termes pédagogiques et politiques, disent bien que ce fut une œuvre extraordinaire. Mais, d’emblée, c’était aller à l’encontre de toutes les ambitions du projet que de le faire entrer dans un support lourd, fixe et épais comme le livre.

Comme aime à l’expliquer le chercheur suisse Frédéric Kaplan, que l’encyclopédie soit un livre est un accident de l’Histoire, l’encyclopédie a toujours excédé le livre, elle était coincée dans le livre, qui en faisait un objet un peu absurde. Des énormes volumes, des index compliqués à manier, et surtout une caducité très rapide de nombreux articles qui nécessitaient des volumes de réactualisation rendant encore plus compliqué le maniement.

Puis vint le Web.

Wikipédia, une image de ce rêve

Vint un moyen de diffusion du savoir qui reposait le lien entre les documents, la possibilité de les modifier constamment, et une contribution plus généralisée. Vint le support idéal de l’Encyclopédie. Et la réussite de Wikipédia est en grande partie explicable par l’adéquation presque parfaite de ses ambitions avec son support. Enfin, l’Encyclopédie peut fonctionner comme elle a été imaginée, être la totalité des savoirs disponibles à un moment donné.

Bien sûr, Wikipédia n’est qu’une image de ce rêve, mais elle a structurellement plus de chance de s’en approcher que l’Encyclopédie Universalis, même dans sa version numérique. Car à la concurrence entre le papier et le Web, s’ajoute une grande différence dans la mode de production des textes.

Bref, en étant cruel, on pourrait regarder les volumes blancs de l’Encyclopédie Universalis comme les restes d’un monde où l’on n’avait que le livre pour diffuser le savoir, les témoins d’un magnifique accident de l’Histoire humaine.

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