4 leçons à tirer de l’entrée en bourse de Lending Club, plateforme de prêts entre particuliers

lending clubLending Club est une plateforme américaine de prêts entre particuliers créée en 2006. Ce matin, la start up levait 870 millions $ pour son entrée en bourse et était valorisée à 5,4 milliards $.

Lending Club, c’est la version américaine de notre Prêt d’Union. Ce qui veut dire que quand Prêt d’Union, certes plus jeune, a déjà prêté 126 millions € et versé un peu plus de 4 millions € d’intérêt aux prêteurs particuliers, Lending Club elle, a financé 6 milliards $ pour près de 600 millions $ d’intérêts versés. La conversion € / $ n’est pas vraiment utile, vous comprenez l’idée.
Mais en fait, c’est au delà des chiffres que se joue la partie et que le plus important est à retenir…

J’apprenais ce matin – non sans émotion – l’entrée en bourse de Lending Club. « Non sans émotion » car quand je lançais Babyloan en 2007, 1 an à peine après la création de Lending Club, je les citais auprès de mes prospects ou investisseurs potentiels comme l’exemple américain à suivre. Une fois détachée du sentimentalisme nostalgique du chemin parcouru depuis, j’ai pu en faire une lecture plus objective et je retire 3 leçons de cet épisode boursier.

 

1/ Mais que fait la France ?

Alors qu’un projet de loi de libéralisation du financement participatif, porté par l’Association Finance Participative, est à l’étude depuis de longs mois dans l’hémicycle français, aux Etats-Unis, ils en sont à leur réserver une belle place dans la cour des grands. Evidemment, on se doute que le lobby bancaire exerce une certaine pression, mais la France choisira-t-elle une fois de plus – comme elle vient de le faire dans la guerilla Taxis vs. VTC –  de sauver une industrie vieillissante qui peine à remplir sa mission de financement de l’économie réelle, au détriment d’un secteur émergent, prospère et porteur de solutions d’avenir ?
Si elle le fait, il faudra revoir ses discours sur la finance ennemie et le capitalisme moralisé.

Et au-delà de cela, ce serait un aveu de plus que nos élites politiques n’ont toujours pas compris que nous vivons une période de mutation économique qui nécessite de casser nos vieilles habitudes, revoir notre copie et identifier les poches de croissance que représentent le numérique et le collaboratif !

 

2/ Oh, ben c’est bien simple, elle creuse son retard

Les chiffres du début de l’article comparant la plateforme américaine et la française sont déjà édifiants. Mais si la France ne choisit pas de miser rapidement sur cette nouvelle solution de financement de l’économie française – celle de l’entrepreneuriat – alors l’écart se creusera encore plus. La start-up américaine, qui compte Google comme actionnaire, viendra conquérir l’Hexagone, bénéficiant de loi américaine plus souple, proposant de meilleurs taux d’intérêt, et viendra tuer dans l’oeuf notre industrie collaborative française naissante. Les manuels d’économie de nos enfants expliqueront alors que la France, au début pionnière et bien positionnée, a été à deux doigts de rebondir lors de cette 3ème Révolution Industrielle, mais que la bureaucratie et les lobbys en place ont eu raison de la reconversion économique du pays. Quoique, cela laisserait supposer que l’Education Nationale actualise le contenu des manuels et arrête de diaboliser l’entreprise et de représenter le patron comme un gros monsieur à moustache, en queue de pie, haut de forme et fumant le cigare. Vous avez raison, pas sûr que cela arrive.
Et pour les pro-américains qui penseraient que le sens des affaires est inné outre-Atlantique et c’est pour cela qu’ils sont meilleurs que nous, une petite précision: le fondateur et DG de Lending Club s’appelle Renaud Laplanche et est montpellierain, département 34 dans l’Hérault. Mais quand on voit où en est la législation française, on ne peut que lui donner raison de s’être expatrié.

 

3/ La croissance inexorable de l’économie collaborative

Je n’aurai de cesse de le répéter, et je ne suis pas la seule: L’économie collaborative s’installe et cohabite désormais avec l’économie capitaliste traditionnelle. La semaine dernière, j’analysais la victoire de l’encyclopédie collaborative (Wikpédia) sur l’encyclopédie Universalis (en dépôt de bilan) comme un déplacement du centre de gravité du savoir des experts vers la foule. Aujourd’hui, c’est le financement par la foule ou crowdfunding qui aura désormais sa petite influence sur l’indice Dow Jones.

 

Ce qui me fait finalement penser qu’il y aurait bien une 4ème leçon à retenir de cette entrée en bourse. Si une plateforme comme Lending Club qui ne gagne toujours pas d’argent est valorisé plus de 5 milliards $, c’est bien que l’économie collaborative emprunte les mêmes travers de l’économie de marché et risque donc de connaître les mêmes dérives. Plus que jamiais, cet épisode montre la nécessité de réfléchir à la gouvernance de cette nouvelle économie émergente !

Advertisements

3 réflexions sur “4 leçons à tirer de l’entrée en bourse de Lending Club, plateforme de prêts entre particuliers

  1. Je crois que les propos sont à modérer largement au regard des avancées politiques faites pour favoriser l’essor du secteur en France.

    Le gros travail de lobbying effectué par l’association Financement Participatif France a tout de même porté ses fruits puisque le 1er octobre a été mis en application le décret signé le 16 septembre par Emmanuel Macron qui venait compléter l’ordonnance du 30 mai (soutenue alors par Fleur Pellerin).

    Une belle reconnaissance pour le secteur avec la mise en place de statuts pour les plateformes de crowdfunding, en particulier pour le prêt et l’investissement en capital, afin qu’elles soient régulées pour éviter les dérives tout en tenant compte de leurs spécificités. Il s’agit des statuts d’Intermédiaires en Financement Participatif (IFP) et les Conseillers en Investissement Participatif (CIP). D’autre part, la réglementation a ouvert une brèche dans le monopole bancaire en permettant aux particuliers de prêter à d’autres particuliers ou entreprises…

    Des propositions pour favoriser la croissance du secteur sont toujours à l’étude, mais à l’heure où la mise en application des réformes du JOBS Act traîne aux Etats-Unis, la France n’a pas à rougir.

    J'aime

  2. Prêt d’Union et Lending Club sont-ils des modèles collaboratifs? ils sont effectivement très différents des banques car les deux modèles sont en quasi peer-to-peer. Mais les deux plateformes sont devenues des bons placements pour des investisseurs avisés qui placent à coups de milliers ou millions. Et le Peer-to-peer devient lentement du Big-to-peer. Tant que le sucre se casse bien sur le dos des banques, leur modèle prospère. Je me permettrai alors d’ajouter une 5e leçon: Lending CLub a ouvert la voie du financement alternatif qui s’appuie sur le collaboratif en lui tournant le dos. Le collaboratif pourra alors y casser son sucre…

    J'aime

  3. @Wallaert: le risque existe en effet que plus ces plateformes grandissent, plus elles s’intéressent à des projets rentabls et excluent des projets de plus petite taille… et on aura perdu l’esprit original de ce genre d’initiatives collaboratives. C’est ce qui s’est passé pour pas mal d’organisme de microcrédit, qui en grandissant, se sont éloignées des populations les plus démunies… oubliant ainsi sa mission sociale 1ère !
    Mais en effet, tant que les banques ne remplissent pas leur mission de financer l’économie réelle, les solutions apportées par les individus connectés entre eux auront de beaux jours devant elles.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s