Témoignages de collaborateurs de Sogilis, une entreprise libérée

Logo_Sogilis_ItwJe n’ai rien contre les Poult, ChronoFlex, et Favi. Au contraire leurs témoignages et exposition médiatique permettent de montrer la voie aux entreprises désireuses de se libérer et d’adopter un management plus approprié au contexte de travail actuel. Mais à force de parler toujours des mêmes, on pourrait se demander si elles ne sont pas l’exception qui confirme la règle… et bien non, la France compte de nombreuses entreprises en pleine croissance et qui ont fait le choix du collaboratif !
D’ailleurs, cet article parlera de l’une d’entre elles, moins visible mais tout autant libérée : Sogilis, qui développe des logiciels sur-mesure, utiles et durables. Et comme la parole aussi est libérée, c’est à 2 collaborateurs que j’ai demandé de me raconter ce que ça changeait concrètement de travailler dans une entreprise libérée versus une entreprise classique.

Sogilis_VS_MMMéthodologie de conduite des interviews : libre, avec la seule consigne d’être concret (avec des exemples chiffrés si possible) et d’éviter les mots clés qu’on entend partout et tout le temps. Car même si ces leitmotivs sont utiles pour comprendre la culture d’entreprise à mettre en place, les chiffres restent encore ce qui convainc le plus les dirigeants à changer de paradigme managérial.

Brève description de l’organisation de Sogilis

Sogilis a été créée en 2008 par Christophe Baillon, un autodidacte du code qui n’a pas le bac. L’entreprise grenobloise compte désormais une vingtaine de personne et un CA de 1M €. Dès sa création, Sogilis a accordé la plus grande importance à l’autonomie de ses collaborateurs et leur remise en question permanente sur comment mieux faire / mieux être. C’est ce qui a permis de garder son agilité tout au long de sa croissance et alors que les effectifs ont été multipliés par 7.

La devise de Sogilis est simple et assez proche de celle de Gore :

Enthousiasmer le client  /  Prendre du plaisir   /  Être rentable  (qui, s’il faut le rappeler, n’est pas un gros mot dans une entreprise collaborative comme dans les autres)

Son fonctionnement s’appuie sur un réseau cellulaire comprenant 2 types de cellules : les cellules opérationnelles de 4 ou 5 développeurs/cellule et les cellules facilitatrices (mieux connues sous le terme de « fonctions supports » dans une entreprise traditionnelle) regroupant la direction, l’assistance de direction, la communication, les commerciaux. Point intéressant à noter : il n’y a pas de RH.
Les témoignages qui suivent sont ceux de Myriam Menneteau, responsable communication (cellule facilitatrice) et Victor Sabatier, développeur (cellule opérationnelle).

INTERVIEW


Pouvez-vous me donner un exemple concret de ce que cela veut dire de travailler dans une entreprise libérée comme Sogilis ?

Myriam Menneteau Travailler dans une entreprise libérée, c’est laisser les membres de l’équipe s’organiser et s’autogérer afin que chacun trouve sa place… et ce, dès le recrutement. Il faut savoir que chez Sogilis, les développeurs ne sont recrutés que sur candidature spontanée, donc à l’initiative des futurs candidats qui ont pris le soin de découvrir l’entreprise et de s’adresser à elle. Pour ma part, comme je fais partie d’un autre corps de métier, la rencontre a été différente. En effet, les membres de la cellule web ont communiqué sur Twitter la recherche d’un Community Manager. Cela m’a permis de découvrir l’entreprise. Lors de l’entretien avec deux membres de la cellule, et bien renseignée sur Sogilis, le feeling est vraiment passé. Je me suis tout de suite projetée au sein de la société et me suis sentie impliquée, grâce à des équipes rigoureuses qui allient efficacité et esprit d’équipe. Évidemment, la direction valide en dernière instance le recrutement, mais pouvoir choisir les gens avec qui nous allons travailler nous engage dans nos choix. Difficile d’être mécontent de son collègue alors que c’est nous qui avons choisi de l’intégrer à l’équipe. Et plus facile de l’accueillir et l’intégrer quand on l’a choisi ! Travailler dans une entreprise libérée, c’est une découverte de tous les jours : moins de justifications et plus d’actions, tout en transmettant les informations importantes à mes collègues. Ainsi, je fixe les priorités et me lance des défis. Alors que j’ai été recrutée pour une fonction précise de communication, et venant d’une formation plus généraliste, j’ai naturellement pris les devants sur d’autres projets : ma personnalité fait évoluer le poste. Tous les jours, je me lève avec plaisir : ça, c’est une vraie différence au quotidien. 

Victor Sabatier  : Nous (ie: les développeurs) échangeons le plus possible avec la cellule commerciale afin qu’elle arrive au mieux à cerner le type de projet que nous aimons. Cela peut être aussi bien un choix d’une technologie (Ruby on Rails par exemple) ou celui d’une problématique métier (le sport, le médical…). La prospection commerciale part de cette wishing list : les commerciaux disposent d’un premier filtre qui nous permet d’économiser du temps en ne traitant pas toutes les demandes potentielles. Si elle juge suffisamment pertinente une demande, elle va la proposer sur notre outil de collaboration Basecamp. Les développeurs vont réagir dessus : ça m’intéresse, je veux bien faire la qualification technique, je ne me sens pas pertinent sur ce genre de besoin, j’aimerais bien, mais je n’ai pas le temps etc. Personne n’est assigné d’office à un projet et il faut en général minimum deux personnes intéressées de faire la qualification technique pour que le projet aille plus loin

Cela veut dire que Sogilis refuse des clients parce que les développeurs ne sont pas motivés par les projets que leur apportent les commerciaux ? Vous pourriez être encore plus rentable en prenant tous les clients, c’est contre-productif  ?

Victor : Ce n’est pas contre-productif : quand on est motivés, on travaille mieux, plus vite, avec moins de défaut. Du fait de cette fiabilité et de la qualité, on peut facturer des prix au-dessus du marché. Notre marge est intacte. Il n’y a pas de tensions entre les développeurs et les commerciaux lorsqu’on refuse un projet : c’est un des pré-requis fort du modèle. Le développeur choisit ses projets. Les commerciaux en ont conscience et ne peuvent pas nous en tenir rigueur. Le taux de refus est faible, il est de l’ordre de 20%, car les commerciaux filtrent en amont selon ce qu’on leur a communiqué comme souhaits de projets.
Autre élément important : on ne travaille que 80% sur les projets clients, les 20% restants étant dédiés à de la veille, des projets internes, de l’auto-formation, etc. En travaillant à 100%, on ne livrerait pas la même excellence aux clients et les équipes seraient essoufflées, démotivées… On mesure la satisfaction de nos clients en leur proposant une vidéo de témoignage à la fin de chaque projet, que l’on diffuse sur notre chaîne YouTube.

 

Quel est votre ressenti au quotidien de travailler dans une entreprise libérée ? Les avantages et les limites ?

Myriam La génération Y dont je fais partie est sensible à ces notions, très en vogue, de « bonheur au travail » et de « réalisation de soi ». Pour se sentir bien dans ses baskets, il faut simplement se sentir à sa place. Cette dernière se prend naturellement dans une entreprise libérée. Parce que l’on a moins de barrières, on est beaucoup plus impliqués. Je gère mes horaires et je télétravaille quand je le souhaite : concrètement, je suis plus efficace. Au sein de Sogilis, on est tous dans une démarche d’amélioration. Je suis preneuse des remarques, tout comme le CEO l’est. Concernant l’horizontalité de l’organisation, je m’exprime de la même façon quel que soit mon interlocuteur, sans penser à la place qu’il occupe. J’apprécie la confiance et l’autonomie qui me sont accordées : je prends naturellement des initiatives et j’ai la sensation de monter en compétences plus rapidement. Néanmoins, je suis convaincue que ce mode d’organisation ne correspond pas à tous types de caractères. C’est là tout l’enjeu du recrutement : on teste les compétences et le savoir-être, et on sait très vite si le courant passe ou non.

Victor   : Ce que j’aime tout particulièrement c’est que je n’ai pas peur de me tromper. Déjà, la notion de confiance est a priori très forte : on nous invite à être dans l’action sans se justifier tout le temps. Ensuite, en cas de problème, personne ne va essayer de trouver le fautif pour lui taper dessus : l’équipe va résoudre collectivement le problème. Cette approche est en fait extrêmement bénéfique et ne diminue en rien notre productivité. Bien au contraire, je connais mes objectifs, j’ai juste carte blanche sur comment y arriver.
Le fait de nous laisser cette liberté nous permet de garantir un niveau de qualité sur notre code assez fort : nous garantissons les bugs des logiciels que nous créons pendant 5 ans. Il y a un certain nombre de bonnes pratiques dans le monde du logiciel, notamment les tests automatisés dont la valeur est parfois difficile à comprendre pour un non technique. Sachant que nous sommes maîtres de la manière d’atteindre l’objectif, on peut s’assurer de suivre ces bonnes pratiques et donc de garantir un niveau de qualité supérieure à notre concurrence.
Enfin et surtout, on sort complètement du modèle « présentiel » où il faut travailler 8 heures par jour et ne pas partir avant : c’est complètement absurde. On peut être efficace en 6 heures, on peut avoir besoin de 10 heures une journée pour finir quelque chose. Le développement est un travail créatif, il est impossible de tout prévoir, il faut laisser la place aux erreurs et être flexible. Pour moi, c’est ça une entreprise libérée. C’est une entreprise qui pose un cadre suffisamment flexible pour que ses collaborateurs puissent s’épanouir tout en gardant un haut niveau d’exigence.

 

Quelle place accordez-vous à l’échange et la collaboration dans cette organisation cellulaire ? Voyez-vous un lien, une synergie entre les échanges et la collaboration et l’autonomisation et la responsabilisation des salariés ?

Myriam: L’échange est essentiel au sein de toute entreprise. Bien que je travaille seule, je suis en relation sur de nombreux projets avec des collègues, et ces échanges sont importants pour moi car ils sont formateurs. Il peut s’agir de créer une nouvelle plaquette avec l’assistante de direction ou encore de réfléchir à la valorisation d’un article technique d’un développeur. Dans ces cas-là, je m’organise directement avec les personnes concernées.
Pour ce qui est des informations générales, nous utilisations l’outil collaboratif Basecamp. Cela permet de se tenir au courant des projets en cours. Personnellement, je propose tous les mois un retour sur les actions com’.
Tous les derniers mardis du mois, nous organisons également une rétrospective, qui nous permet de mettre en avant les axes à améliorer et de prendre des actions.
On développe également des projets collectifs en interne, que l’on appelle les Sogidays.
L’autonomie et la responsabilisation ne peuvent pas se passer d’échanges. Une philosophie ça se partage à plusieurs. Quel intérêt aurais-je à être autonome, sans contact avec les autres ? J’aime le travail d’équipe, la collaboration, le feedback. On s’imprègne d’une ambiance au sein de Sogilis : être autonome, c’est être responsable. Personne ne me dit ce que je dois faire, pourtant je sais ce que je veux faire pour que mon entreprise prospère.

 

Victor: Les Sogidays sont des moments privilégiés où on essaie de travailler avec des personnes de cellules différentes. Cela permet de sortir de sa zone de confort, de découvrir de nouvelles choses, de progresser. Très concrètement, j’ai pu, lors de ces journées, développer ma première application iPhone, expérimenter la visualisation en 3D dans un navigateur web ou encore faire mon premier algorithme de reconnaissance de formes. Les sujets n’ont pas pour vocation à être liés à un projet sur lequel on travaille. Bien au contraire, cela permet aux développeurs de faire une veille active.

 

En 2 ou 3 phrases, comment avez-vous choisi BaseCamp et quelles qualités vous lui trouvez ?

Victor : Basecamp reste un outil de gestion de projet classique, voici le problème que l’on veut résoudre : « si une nouvelle personne souhaite travailler sur le projet, comment fait-elle pour avoir l’historique des échanges et quelles sont les tâches en cours ? ». L’outil n’est pas important, on pourrait en utiliser d’autres (Trello, Asana, etc.). Ce qui compte c’est la méthode, c’est-à-dire limiter les échanges par mail, surtout importants, et avoir un lieu dédié au projet. On essaie de combattre le « syndrome du mail super important que l’on a perdu ». Enfin, on invite le client sur le projet, cela lui permet d’avoir une visibilité quotidienne de nos échanges et d’interagir avec nous. C’est toujours un outil apprécié, on a parfois du mal à ce que l’adoption soit totale mais après quelques temps, les clients sont très souvent convaincus.

Myriam : C’est la première fois que je travaille avec un outil collaboratif comme cela, et je suis toujours étonnée par les possibilités offertes : il permet de créer des discussions, des listes de « To Do », de joindre des documents, de transférer des e-mails, de créer des textes documents… Les informations pratiques sont accessibles à tous du moment que l’on a une connexion Internet. La cerise sur le gâteau, c’est pour moi l’emploi du temps collectif : réserver la salle de réunion, avertir lorsqu’on télétravaille, savoir qui apporte des croissants… pour résumer, c’est un outil de communication interne avec beaucoup de possibilités.

Vous avez quelque chose à ajouter qu’on aurait oublié ?

Myriam : Afin d’avoir un retour sur notre travail, un entretien individuel est prévu tous les 4 mois. Cela permet de faire un bilan et de se projeter sur l’évolution au sein de Sogilis. Ce que j’apprécie, c’est que les échanges doivent être dans les deux sens : l’amélioration continue anime véritablement chacun de nous.

Victor: A Sogilis, on encourage la pro-activité et la créativité des personnes. Depuis toujours, c’est la volonté de la part de la direction de laisser la possibilité à ses salariés d’entreprendre tout en gardant leur statut. Je trouve ça absolument génial, je suis le premier cobaye de ce programme depuis plus de deux mois, j’ai une demi-journée par semaine où je quitte l’entreprise et je vais travailler avec mon associé. Mon projet reste en lien avec mon métier, il est très technique. Mais ce n’est pas un pré-requis, on a déjà eu des échanges sur un projet lié au bricolage qu’un collègue avait commencé. Ce n’est pas Sogilis qui choisit notre entreprise, et heureusement !

Merci à Myriam et Victor de Sogilis !

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