Le service de réservistes citoyens : un pas vers la société collaborative ?


Alors que j’entendais en boucle hier sur les ondes la proposition du gouvernement de mettre en place un système de réservistes citoyens, je me suis dit qu’on faisait un pas de plus vers une société plus collaborative.

Vous ne voyez pas le lien ? C’est que nos élites politiques ont le chic pour faire d’une bonne idée une proposition qui ne peut pas plaire.  Mais je vais tenter de vous expliquer mon point de vue.

En quoi consiste le système de réservistes citoyens ?
Demander à des acteurs de la société civile de venir parler à l’école de ce qu’ils font : comptables, associations à but non lucratif, banquiers, architectes, pompiers, vétérinaires, constructeurs de route, petits commerçants.

Pourquoi cette proposition et pourquoi maintenant ?
1ère erreur du gouvernement: ils focalisent leur communication sur les modalités (bénévolat ou pas, obligation, etc…), c’est à dire sur le comment et en oublie d’expliquer le pourquoi. Je ne peux en effet m’empêcher de faire le lien avec le diagnostic d’une République malade, qui gangrène l’école. Je me réjouis d’ailleurs que le remède identifié prenne cette forme marquant une certaine prise de hauteur dans la réflexion, plutôt que de regarder le petit bout de la lorgnette et proposer des cours sur le respect de l’autre, la différence ou la laïcité (qui est d’ailleurs diagnostiquée comme certains comme étant un symptôme de la maladie plus qu’un remède). Ce n’est pas en rabâchant de grands discours théoriques sur la richesse de la différence et de la mixité qu’on montrera la voie aux jeunes générations. En revanche, leur faire connaître la variété du monde du travail (qui sera le leur demain) en permettant à chacun de venir parler de ce qu’il fait et comment il contribue à améliorer le mieux-vivre ensemble, voilà une piste encore inexplorée et qui peut apporter de beaux résultats.

Les avantages que je vois à cette proposition
1/ Créer un pont à l’école entre le monde des adultes et celui des enfants, collégiens et lycéens.

2/ Faire entrer le monde de l’entreprise dans l’école. Peut-être enfin, ce mot ne sera-t-il plus considéré comme un gros mot dans les cours d’écoles et les salles de profs ? et donc à fortiori au Ministère de l’Education Nationale…

3/ Donner l’opportunité à chaque réserviste de réfléchir à son métier sous l’angle suivant: « En quoi je contribue à l’amélioration de la société ?
Ce n’est pas anodin à plusieurs points de vue : revalorisation de certains métiers déconsidérés et donc non envisagés comme une voie d’avenir par les jeunes et re-motivation (même ponctuelle) du salarié réserviste qui doit venir parler de son entreprise.

4/ Mieux se connaître, donner la parole, échanger. Le citoyen moyen se voit offrir une audience, un parterre, une agora, et de surcroit  officielle car déléguée par le gouvernement

5/ Les parents prendront part au système éducatif de leurs enfants autrement que par le triste constat de l’échec du modèle scolaire français et leur incapacité à y faire quelque chose.

En quoi est-ce un pas vers une société plus collaborative ?
Tout d’abord, car on demande aux acteurs lambda de la société civile de prendre part, d’agir, de contribuer autrement qu’en payant des impôts dont on ne comprend pas vraiment comment ils sont dépensés ou à quoi ils sont affectés ?
Et que cela introduit l’idée que les moyens d’agir sont autres que financiers, ce qui permet d’horizontaliser la pyramide des différentes classes sociales. Bien sûr, tout le monde peut déjà s’investir comme délégué de parents ou dans les associations de parents d’élèves, mais pour avoir essayé, je peux vous dire qu’on parle rarement du système éducatif mais plus de la kermesse de l’école ou de la fête de Noël.

Ensuite, parce qu’on ouvre la voie du partage d’expérience entre personnes qui n’auraient certainement pas eu l’occasion d’échanger. Qui sait ce que font les parents des autres élèves ? Le système de réservistes citoyens permet de bâtir des ponts plutôt que de construire des murs.

Enfin, parce que le gouvernement s’appuie sur les ressources citoyennes pour proposer une solution collective. Loin d’être un aveu de faiblesse, c’est enfin un éveil de conscience que le mieux-vivre ensemble ne pourra être assuré et pérennisé que par plus d’échanges et de partages, et non par des réformes de carte scolaire ou des amendements sur le menu de la cantine.

Et pourtant, le gouvernement semble passer à côté de l’essentiel…
Qu’espère le gouvernement en comparant cette proposition au système de réservistes militaires ? En faisant cela, il brouille le message sociétal fort porté par cette idée. Le service militaire n’a pas bonne presse. Et même si les récents évènements tragiques et le constat d’échec de la politique de l’angélisme le réhabilitent chez certains (dont Xavier Bertrand en tête de file), il n’y a aucun intérêt à assimiler un projet contributif citoyen à un système de réservistes à mobiliser en cas de guerre. Eux qui parlent d’éviter de faire l’amalgame, ils sont en plein dedans pour le coup.
Le rendre obligatoire n’est pas une erreur en soi. Au contraire même. Que cette action citoyenne soit un devoir (comme devrait l’être le vote) me semble plutôt un signe fort et intelligent.
S’appuyer sur le bénévolat, pourquoi pas ? Tant qu’un système de valorisation de cette action est prévue. Toute contribution devrait être récompensée.

Mais appeler ces citoyens pacificateurs – par la rencontre avec l’autre qu’ils suscitent-  des « réservistes », des « jokers », des « au cas où », c’est ne pas comprendre l’essence même du début de solution que le gouvernement a pourtant réussi à identifier.

Et savoir que ce sont ces mêmes personnes à côté de la plaque qui vont le mettre en oeuvre m’inquiète beaucoup pour ne rien vous cacher…

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